Mon Histoire
Dans le cadre du Programme de Pertinence, j’ai voulu utiliser des ressources externes à l’école dans mon enseignement. J’ai fait un projet l’année dernière avec mes élèves qui les a captivés, et qui a été une première expérience de pertinence très concluante, pour moi, pour mes élèves et pour mon école. J’ai introduit la notion mathématique de proportionnalité en ouvrant les portes de ma classe à un menuisier voisin de l’établissement. Avec l’assistance de ce professionnel et d’un topographe, les élèves ont pris des mesures des bâtiments de notre école et de sa cour de récréation. Puis, ils ont conçu et fabriqué des maquettes en bois de l’école. Nous avons travaillé à l’école mais aussi dans l’atelier du menuisier. Ce qui était extraordinaire, c’était que les enfants s’amusaient en apprenant. Ils s’éveillaient à un monde qu’il n’avait jamais côtoyé : le monde de l’artisan. Et dans cette relation nouvelle qu’ils ont établie avec le menuisier, ils ont découvert un métier et ont compris combien les mathématiques pouvaient être utiles et cruciales dans bien des métiers. Maintenant ils manient avec aisance les proportionnalités et les échelles. C’est une vraie victoire !

- Une élève de l’école Al Maâri (Khouribga) construisant la maquette de son école dans le cadre du Programme de Pertinence.
A titre personnel, les activités de pertinence menées avec ALEF m’ont motivée, m’ont encouragée à vaincre mes craintes et à dépasser ma timidité pour transmettre et imposer mes idées. Surtout, le Projet m’a encouragée à chercher, à créer, à innover pour permettre à mes élèves de collaborer et d’avancer sur le chemin de l’instruction. Aujourd’hui, je sais que les leçons ne doivent plus être figées, mais vivantes, concrètes, et qu’il nous faut laisser l’enfant observer, découvrir, s’exprimer, exploiter, réemployer les notions et pratiquer par lui-même, car il ne peut trouver de plaisir en apprenant que lorsqu’il vit personnellement et intérieurement son apprentissage.
Ma méthode
Ma méthode consiste à faire participer chaque élève, individuellement, à chaque activité. C’est très important pour que chacun se sente impliqué et intégré dans la dynamique de la classe. Même si cela est parfois difficile compte tenu du nombre d’élèves par classe (deux groupes de 23 élèves), cela permet aussi d’identifier les besoins prioritaires des élèves.

- Des élèves de l’école El Maari de Khouribga jouent une petite pièce de théâtre à partir de leurs lectures
Nous travaillons beaucoup par exemple à partir de la bibliothèque de l’école. Les élèves lisent quotidiennement des histoires et doivent en transcrire ce qu’ils ont saisi selon un autre mode d’expression : une chanson, une pièce de théâtre ou un dessin. Par exemple, mes élèves ont monté à partir de leurs lectures une petite pièce de théâtre sur les filles qui travaillent comme petites bonnes dans les maisons et ne vont pas à l’école. Un autre groupe a créé une pièce sur l’analphabétisme et l’intégration de la fille rurale dans la vie sociale et éducative. Ils ont écrit un scénario et des scènes où une fille de la ville arrive à convaincre sa copine du bled et lui explique comment convaincre à son tour ses parents de la laisser aller à l’école au lieu de travailler comme bergère. D’autres enfants jouent les héros en réinventant les suites d’une histoire qu’ils ont lue. Ces activités libèrent la créativité des élèves et renouvellent le rapport à la lecture de manière très positive.
J’essaie de renforcer dès que je le peux la motivation des élèves en difficulté. Nous avons créé avec mes collègues une cellule de suivi pour ceux qui vivent dans des contextes familiaux complexes et en pâtissent dans leur scolarité. Entre collègues, nous travaillons en équipe en essayant de partager nos expériences. Nous avons conduit plusieurs séances de sensibilisation pour des professeurs de notre province.
Mes anecdotes
J’ai une petite anecdote à partager au sujet de l’activité de mathématiques ouverte sur le métier de menuisier que j’ai mentionnée plus haut. Alors que j’avais demandé à mes élèves d’apporter en classe des morceaux de bois qu’ils pouvaient trouver pour confectionner la maquette de l’école, un parent est venu me voir, indigné, pour me dire : « Si vous voulez meubler votre maison, allez voir des menuisiers. Nos enfants ne sont pas faits pour ça ! ».
J’ai apprécié cette réflexion à plusieurs titres. D’abord ce père montrait tout l’intérêt qu’il portait à l’éducation de son enfant et il signifiait qu’il attendait de nous les professeurs, que nous fournissions un enseignement de qualité. Mais surtout, cela m’a montré que les parents de nos élèves n’imaginent pas que nous puissions sortir un peu des sentiers battus et mener des activités d’éveil et de créativité avec les élèves. J’ai compris qu’il fallait que j’associe les parents et que moi aussi je fasse tout pour les convaincre du bien-fondé de notre démarche pour leurs enfants. C’était un défi, mais je crois que je l’ai relevé.
Auteur : Naima El Barrar