Mon Histoire
Mon histoire avec le Projet ALEF a débuté le jour où le Délégué de l’Entraide Nationale de Nador m’a demandé de participer à une formation à Rabat, en novembre 2006, portant sur le soutien éducatif et psychosocial des jeunes filles rurales dans les Dar Taliba (foyers pour jeunes filles), selon le modèle développé par ALEF et l’Entraide Nationale – les Dar Taliba de Qualité. Partante pour toute nouvelle expérience, j’ai assisté à la formation.
Outre la Dar Taliba qui se trouvait dans la ville même de Nador, l’objectif était pour nous d’ouvrir une Dar Taliba de Qualité à Driwech, une zone rurale à 60 km de Nador. En septembre 2006, tout était prêt pour accueillir les filles bénéficiaires : le foyer était construit et équipé, mais nous n’avions ni encadrante ni aucune fille inscrite !
Mes collègues de la région, notamment M. Yahya, alors coordinateur ALEF à Nador, et M. Aayouni, directeur du lycée Abdelaziz Amine, n’étaient pas très optimistes quant à la réussite de ce programme dans la région de Driwech. D’abord, les parents ignoraient complètement le système des Dar Taliba et avaient l’habitude – pour ceux qui voulaient voir leurs enfants poursuivre leurs études après le primaire – de les envoyer dans les internats publics. Surtout, très peu de parents dans cette région rurale isolée envisagent de laisser leurs filles poursuivre leurs études après la 6e année. Malgré toutes ces résistances, notre Délégué était persuadé que nous pouvions réussir à attirer des filles dans la Dar Taliba de Driwech si l’on parvenait à impliquer l’ensemble des acteurs économiques et sociaux de la région. " Si on veut, on peut !," me répétait-il sans cesse.
Nous nous sommes mis au travail en impliquant au maximum le président de la commune et le directeur et deux enseignants du collège que les filles bénéficiaires devaient fréquenter. Le plan d’action d’urgence que nous avons élaboré lors de la deuxième rencontre du Projet ALEF à Oujda a été ensuite validé par M. le Délégué.
Nous avons conduit des séances de mobilisation sociale et de sensibilisation de la population, avec l’appui du président de la commune et du président du cercle de Driwech. Nous nous sommes déplacés dans les douars pour identifier des candidates et convaincre leurs parents d’inscrire leurs filles dans la Dar Taliba de Qualité. Après l’organisation de portes ouvertes de la Dar Taliba fin novembre 2006, le jour du souk, de Driwech, les résultats ont dépassé nos attentes. En une journée, le nombre de filles candidates dépassait la capacité d’accueil de la Dar Taliba : 37 filles étaient inscrites et une liste d’attente était ouverte pour l’année prochaine !
Ma méthode
Ma méthode est simple. Elle repose sur le partage et la communication, véritables devises à la délégation de l’Entraide Nationale. Chacun partage ses idées et compétences pour une meilleure efficacité, et c’est ce que j’ai appliqué au projet de Dar Taliba de Qualité de Driwech.
La première chose à faire était de dresser un diagnostic pour savoir les causes de l’échec de l’initiative. J’ai constaté d’abord que la construction de la Dar Taliba – pourtant une bonne infrastructure capable d’absorber une partie du taux de la déperdition scolaire que connaît la région – avait été une initiative unilatérale de l’association gestionnaire, sans implication ni information de la population sur la nature du projet et ses objectifs. Ensuite, le projet avait souffert de la réorganisation de la délégation de l’Entraide Nationale à Nador et du fait que le nouveau délégué était occupé sur des dossiers prioritaires et une restructuration du travail au sein de la délégation.

Notre plan d’action prévoyait avant tout un dispositif de communication pour sensibiliser les autorités. Suite à l’intervention de notre délégué, le gouverneur de la province de Nador a impliqué le président du cercle de Driwech dans le projet. Nous avons conduit des réunions avec les autorités locales – le président de la commune de Driwech et le Caïd –, le président de l’Association gérante de la Dar Taliba et un représentant du Ministère de l’Education Nationale, et tous ont accepté de s’investir dans le projet. Très vite, notre campagne de sensibilisation de terrain a commencé. Nous avons fait du porte à porte dans les douars. Nous avons ouvert les portes de l’établissement à toute personne désirant le visiter afin d’instaurer un climat de confiance avec les parents. Enfin, nous avons organisé une journée portes ouvertes qui a permis aux parents de constater la qualité de l’infrastructure et de l’encadrement offert, tant sur le plan de l’accueil personnel que sur le plan scolaire. Ils ont été impressionnés positivement par la salle multimédia et la bibliothèque. Avec l’encadrante, formée par ALEF, nous avons expliqué le contenu des activités de soutien scolaire et psychosocial dont les filles allaient bénéficier.
Et les résultats ont été spectaculaires, non seulement parce que nous avions relevé le défi d’avoir une Dar Taliba qui fonctionne à pleine capacité, mais aussi parce que les 37 filles de la Dar Taliba de Driwech ont obtenu un taux de réussite de 67% à leurs examens de fin d’année, grâce au soutien scolaire et psychosocial qu’elles ont reçu, et ce seulement en 5 mois, soit 5 mois de moins que les bénéficiaires des autres Dar Taliba qui ont commencé en septembre.
Mes anecdotes
En 2006-07, nous avions eu une bonne centaine de demande d’inscriptions de filles pour la Dar Taliba de Qualité de Driwech, qui ne pouvait en accueillir que 37. Devant le succès obtenu par les filles et les besoins désormais exprimés par la population, la mobilisation des autorités que nous avons initiée au lancement du projet porte encore ses fruits. Pour augmenter la capacité d’accueil de la Dar Taliba à 100 bénéficiaires, le comité provincial de d’INDH a alloué un budget de 1,1 million de dirhams à l’extension de la Dar Taliba.
La délégation de l’Entraide Nationale de Nador reçoit désormais de plus en plus de demandes de construction d’établissements de protection sociale et de demandes de partenariat avec des associations et des communes rurales qui ont un taux de déperdition scolaire important – alors qu’avant tout le monde était sceptique sur notre approche dans la région !
Avec l’expérience que j’ai acquise sur la Dar Taliba de Driwech, je peux désormais mobiliser mes connaissances et mes savoir-faire sur d’autres projets que je gère à la délégation de l’Entraide Nationale. Par exemple, dans le cadre de notre projet de protection des enfants des rues, j’ai proposé un programme de rescolarisation, de soutien scolaire individualisé et d’enrichissement psychosocial des jeunes, inspiré du modèle de Dar Taliba de Qualité que nous avons mis en place à Driwech. J’ai d’ailleurs emmené la présidente de l’ONG espagnole qui finance ce programme à Driwech pour visiter la Dar Taliba. Elle est très enthousiaste pour le programme. D’ailleurs, nous sommes si satisfaits des avancées que nous avons faites à Driwech que nous n’hésitons pas à y conduire différents visiteurs intéressés par le travail de l’Entraide Nationale dans notre province. Récemment, une délégation de la Banque Mondiale est venue voir le dispositif de soutien scolaire et d’enrichissement personnel offert aux filles dans la Dar Taliba.
Auteur : Hakima Tacherifine